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Où trouver l’empreinte de Charlotte Perriand aux Arcs ?

De 1967 à 1989, Charlotte Perriand dirigea la création des Arcs, envisageant l’architecture, l’urbanisme et l’aménagement intérieur comme un tout. Elle créa aux Arcs une interprétation unique de l’art de vivre en montagne, fruit d’années de réflexions d’une passionnée de l’altitude. Arc 1600 et Arc 1800 sont les sites des Arcs où Perriand, Gaston Regairaz, Bernard Taillefer et Guy Rey Millet construiront l’âme des Arcs. C’est à ce quatuor et à Roger Godino, promoteur de la station, que les deux sites des Arcs doivent une bonne partie de leurs morphologies actuelles. Encore aujourd’hui, les cheminements, les imposants immeubles couchés, les balustrades, la séparation des flux piétons et automobiles et l’organisation des studios constituent l’héritage de Charlotte Perriand.

Charlotte Perriand, une figure de l’architecture passionnée de montagne

Architecte et designer, figure majeure de l’histoire de la modernité, Charlotte Perriand était aussi une grande passionnée de montagne. Originaire d’une famille savoyarde de par son père, elle se passionne vite pour la montagne, à laquelle elle consacre une grande partie de son temps libre. À 24 ans elle intègre l’atelier d’architecture de Le Corbusier comme responsable de l’équipement intérieur, tout en étant étudiante en architecture. Elle restera 10 ans à l’atelier. En parallèle, elle pratique l’alpinisme et le sport tout autant qu’elle fréquente les milieux culturels parisiens. Diplômée d’architecture, elle travaille dans un premier temps sur une architecture éphémère légère et préfabriquée, notamment en montagne, sur les hauteurs de Saint-Nicolas de Véroce. Dès 1935, elle présente également un projet d’hôtel de haute montagne, préfigurant sa vision de l’architecture élaborée plus tard aux Arcs.

De 1946 à 1948, elle participe à l’aménagement intérieur de la station de Méribel. Elle y imagine des meubles à la fois modernes et rustiques comme la chaise de berger à 3 pieds. Pour la rémunérer, Peter Lindsay, le promoteur de Méribel, lui offrira un terrain. Elle y construira son chalet, simple, moderne, inspiré de l’architecture locale avec de grandes baies vitrées créant une continuité entre le dedans et le dehors. Elle fera également une proposition ambitieuse avec d’autres architectes pour aménager la vallée des Belleville.

En dehors des Arcs, Charlotte Perriand est connue pour ses meubles, ses architectures éphémères et ses aménagements intérieurs.

Une grande personnalité pour créer une âme aux Arcs

En 1960, Robert Blanc, guide et moniteur local, convainc Roger Godino, un ingénieur originaire de Chambéry, de créer une station sur les pentes de la montagne de l’Arc. Alors qu’Avoriaz et Flaine sont construites avec des architectes reconnus (Jacques Labro et Marcel Breuer), l’idée de faire intervenir une grande figure de l’architecture émerge pour booster l’image et la commercialisation de la station. C’est Denys Pradelles, connaisseur des travaux de Charlotte Perriand en montagne, qui fera appel à elle en 1967. Elle a alors 64 ans et va se consacrer aux Arcs jusqu’à ses 86 ans.

Elle sera entourée de l’Atelier d’Architecture en Montagne, déjà mobilisé sur le projet avec Gaston Regairaz, Denys Pradelle, et Guy Rey Millet. Ils seront rejoints par Bernard Taillefer, un charpentier de Val d’Isère devenu architecte. La station ouvre en 1968 à Arc 1600 avec un seul bâtiment et 40 km de pistes.

Une station intégrée singulière

Aux Arcs, la station est conçue comme les stations intégrées : Roger Godino commercialise des logements standardisés en copropriété afin de rentrer dans ses frais, financer les aménagements communs et du domaine skiable. Le promoteur maitrise toutes les étapes de la création de la ville nouvelle : maitrise urbanistique, architecturale et commerciale. Les appartements (le plus souvent des studios) sont livrés meublés. Godino voudra également maitriser la gestion globale (animation, marketing, contrôle des commerces…) et les loisirs d’été. Les délais sont courts et les risques financiers importants. Chaque année, durant 8 mois, plusieurs bâtiments doivent être construits et mis en vente pour assurer la pérennité du projet. Ces contraintes stimuleront la créativité de Charlotte Perriand.

L’empreinte de Charlotte Perriand aux Arcs

Si Charlotte Perriand n’a pas conçu tous les bâtiments des Arcs, elle aura été présente à toutes les étapes et lui aura donné son âme. Arc 1600 aura été le premier laboratoire architectural de l’équipe avant de créer Arc 1800 (18 000 lits prévus). On y retrouve des innovations architecturales testées par Charlotte Perriand et son équipe. Si Arc 2000 semble conserver l’esprit des Arcs, Charlotte Perriand n’y a pas travaillé, étant de plus en plus en désaccord avec le bureau d’études des Arcs, structure créée par le promoteur pour suivre les intenses travaux de la station.

Aux Arcs, l’empreinte de l’architecte consista à relier le plus possible les hommes à la nature qu’elle aimait tant. Ainsi, elle attacha une importance particulière à ce que chaque studio bénéficie d’une lumière naturelle et que les balcons soient ensoleillés. Dès la conception, elle veilla à la séparation des flux automobiles et piétons et à ce que l’architecture se fonde dans la pente.

Charlotte Perriand a également été une gestionnaire experte, se jouant des contraintes économiques toujours plus fortes avec les crises pétrolières. Elle conçut des solutions techniques et standardisées d’aménagement intérieur. Elle dessina des meubles et aménagements allant jusqu’à préfabriquer un bloc sanitaire directement installé à la construction. Dès 1975, les studios sont équipés avec des salles de bain préfabriquées et standardisées réalisées en polyester. Puis, dès 1979, les studios sont équipés de cuisines préfabriquées. Dans une logique de réduction des coûts, la cuisine, de la même largeur que la salle de bain, est reliée aux mêmes gaines techniques.

Immeuble en dévers la Cascade à Arc 1600

À Arc 1600 comme à Arc 1800, Charlotte Perriand et Guy Rey Millet vont faire le choix de construire dans la pente, en bordure des plateaux et le long d’une courbe de niveau. L’espace laissé libre permet aux installations collectives de prendre place. À Arc 1800, l’espace du plateau s’organise autour du golf l’été et des multiples convergences de pistes l’hiver.

Pour libérer la vue et l’espace, à Arc 1800, elle fait le choix d’immeubles de taille imposante, couchés en cascade dans la pente. Elle libère ainsi l’espace entre chaque immeuble afin que les appartements communiquent avec la nature. Côté pistes, les immeubles n’ont qu’un à deux étages, laissant la vue ouverte sur le mont Blanc et les couchers de soleil. Les voitures sont laissées en bas des bâtiments tandis que la station est entièrement piétonne côté pistes.

À Arc 1600, Charlotte Perriand et Guy Rey Millet innovent en concevant des immeubles inclinés avec une façade oblique permettant à chaque balcon d’être parfaitement exposés au soleil, sans ombre, ni vis-à-vis. En face nord, la façade est inversée, créant un surplomb qui protège de la neige. On retrouve cette architecture à l’immeuble de la Cascade et à la Cachette. Ces bâtiments étant trop chers, Bernard Taillefer proposa des bâtiments en rampes, perpendiculaires à la pente (Hôtel du Golf).

À l’intérieur des appartements, de grandes baies vitrées prolongées par un banc intérieur créent une continuité entre la nature et l’espace de vie. L’architecte mettra aussi beaucoup d’attention à aménager les proportions des studios selon le nombre d’or, la pénétration de la lumière et les dimensions du corps dans l’espace.

Sur les balcons, elle dessine des balustrades permettant aux vacanciers d’admirer directement la montagne sans obstacle visuel. Elle travaille également l’esthétique extérieure des bâtiments avec des rideaux de couleurs vives réglés comme un tableau de Mondrian.

En phase avec son temps, elle place la cuisine au centre des appartements pour que la personne en cuisine ne soit pas isolée du foyer. Pour les logements disposant d’une cuisine séparée, elle rompt l’isolement en créant un large passe-plat ouvert. Elle se bat également pour équiper tous les logements de lave-vaisselle.

Pour aménager les rangements, elle étudie les déplacements du corps dans un espace utilitaire. Elle réalise également des mobiliers avec des budgets de plus en plus serrés.

De 1984 à 1986, elle travaille sur de beaux studios en duplex sur une base de 17 mètres carrés et 4 mètres de hauteur. Ils offrent de beaux espaces lumineux, ouverts sur la nature avec un esprit d’atelier d’artiste. On les retrouve dans les résidences Mirantin, l’Archeboc et Aiguille Grive.

On peut encore en louer un parfaitement rénové dans l’esprit de Charlotte Perriand.

Plusieurs appartements ont été rénovés, colorisés et modernisés par la station, tout en gardant l’esprit Perriand.

Mi-historiques, mi-contemporains, ils peuvent être loués auprès de l’agence des Arcs. Voir notre article.

On retrouve également à Arc 1600 des magnifiques chalets pointus conçus par Bernard Taillefer à destination des habitants des Arcs. Certains sont disponibles à la location comme celui-ci disponible sur Chalet Montagne.

Sources : Charlotte Perriand, créer en Montagnes, CAUE de la Haute-Savoie ; Stations de spots d’hiver, urbanisme et architecture, Lieux Dits

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