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Station de ski de Valmeinier

Alpes : ces nouveaux projets dans les cartons des stations de ski pour les 15 prochaines années

Extensions de domaines, liaisons par câbles avec la vallée et nouvelles constructions. Voici les piliers du développement touristique des stations des Alpes ces 15 prochaines années. C’est en tout cas ce qu’il ressort notamment de l’analyse des documents d’urbanismes de 4 grandes zones des Alpes. Décryptage.

Depuis le grenelle de l’environnement (2010), les communes rurales sont obligées de réfléchir leur développement à l’échelle d’un bassin de vie. L’enjeu est de sortir de l’esprit de clocher et de mettre en cohérence territoriale les différentes velléités de développement. En clair : éviter de créer sur chaque commune des zones d’activités, des zones d’habitat, des zones commerciales ou des zones touristiques, le tout en concurrence les unes avec les autres. Depuis 2017, le développement des vallées alpines doit donc être pensé globalement et non chapelle par chapelle… Le SCOT, Schéma de Cohérence Territorial, doit notamment permettre d’établir un projet de territoire qui anticipe les conséquences du dérèglement climatique, et les transitions écologique, énergétique, démographique, numérique…

Plusieurs vallées sont dotées de SCOT ou sont en cours de finalisation. Ces derniers doivent notamment intégrer les projets touristiques nouveaux et conséquents des 15 prochaines années (Unités Touristiques Nouvelles). L’analyse des SCOT de Maurienne, de Tarentaise, de l’Oisans et du Chablais permet de décrire les projets en cours dans les Alpes du Nord.

Extensions et montée en altitude

On les croyait d’un autre temps… Avec un parc de remontées mécaniques âgé en moyenne de 28 ans, l’enjeu était jusqu’à maintenant, selon la profession, de renouveler les installations actuelles et de sécuriser la neige de culture. Environ 10% du chiffre d’affaires des domaines skiables est d’ailleurs consacré chaque année au renouvellement du parc de remontées mécaniques. Pourtant, les projets d’extensions de domaines skiables semblent refaire surface.

Après une longue accalmie, l’an passé La Rosière ouvrait le Mont Valaisan, deux nouveaux télésièges construits en site vierge ouvrant sur 5 nouvelles pistes rouges. Cette année, Valmeinier inaugure le télésiège de la Sandonière qui rehausse le sommet du domaine à 2750 mètres, en créant 2 nouvelles pistes rouges. Actes isolés ? Peut-être pas à en regarder les annonces de ces 12 derniers mois.

Un troisième tronçon à la Grave

A la Grave, on espère “rivaliser avec l’Aiguille du Midi” en construisant un troisième tronçon pour le téléphérique afin d’emmener les visiteurs jusqu’à 3 600 mètres d’altitude, une altitude déjà atteinte aujourd’hui à l’aide d’un téléski qui serait remplacé par une télécabine. L’ouverture est prévue en 2021.

Le (doux) rêve d’une liaison Valmeinier/Valfréjus

Dans les années 90, lors de la construction de Valmeinier 1800, le promoteur des stations de Tignes et de Val Thorens avait imaginé ici un domaine skiable pouvant concurrencer les 3 Vallées : La Croix du Sud. Entre France et Italie, ce domaine devait relier les pistes de Valloire à Bardonnecchia en passant par Valmeinier, Valfréjus et une station nouvelle créée sur les bords du lac de Bissorte. Quelques années sans neige, une mise sous tutelle de la commune de Valmeinier, et une rentabilité difficile à atteindre pour les domaines skiables de Valmeinier et de Valfréjus avaient mis en sommeil ce rêve de constellation skiable.

Il ressort toutefois des cartons cette année et est inscrit au SCOT Maurienne (non encore validé). Dans une interview à France Bleu, le maire de Modane justifie ce projet par la nécessité de “monter un peu plus haut dans les endroits où la neige sera encore présente” avec le réchauffement climatique, afin de “maintenir des emplois dans notre vallée dans les vingt ans qui viennent.”

En Maurienne, on cherche la neige en altitude

Comme c’est le cas à Valmeinier et Valfréjus, d’autres stations de Maurienne ont inscrit au SCOT des extensions de domaine, en altitude ou en versant nord, afin d’atteindre des zones vitales pour préserver la pratique du ski. Ces extensions, plus ou moins importantes, interviennent dans le cadre de restructurations de domaines et de remplacements de remontées mécaniques. Sont actuellement inscrits au SCOT :

  • La liaison Croix du Sud avec 5 nouvelles remontées mécaniques et 85 ha de pistes entre Valmeinier et Valloire
  • A Valloire, 2 nouveaux télésièges et 12 ha de pistes
  • A Aussois, 2 nouvelles remontées mécaniques et 8,3 ha de pistes nouvelles dans un secteur mieux enneigé
  • A Valcenis, 5 nouvelles remontées mécaniques avec 7,6 ha de pistes associées.
  • A Saint François Longchamp, 3 nouveaux télésièges et 4,1 ha de nouvelles pistes
  • A Albiez, 2 nouvelles remontées mécaniques et 3,9 ha de pistes

A chaque projet, la recherche de zones bien enneigées est avancée, surtout à Aussois et Saint-François-Longchamp, aux domaines exposés au sud. Coté Tarentaise, Oisans et Chablais, pas d’extensions de domaines à l’ordre du jour dans les documents de planification, les stations se concentrant sur leurs capacités d’accueil.

Si on veut maintenir des emplois dans notre vallée dans les vingt ans qui viennent, on a l’obligation de monter un peu plus haut dans les endroits où la neige sera encore présente.

Jean-Claude Raffin

> A lire : Pourra-t-on encore skier après 2030 ?

Une liaison câblée entre Auris-en-Oisans et Les 2 Alpes

3 projets de liaisons sont inscrits dans les documents d’urbanisme. Si Valmeinier souhaite se relier à Valfréjus (10 km plus à l’est), Albiez souhaite se relier aux Karelis et l’Alpe d’Huez aux 2 Alpes. Dans ce dernier cas, des études sont en cour. Sur le projet de SCOT que nous avons consulté, il s’agit d’une liaison entre le Freney et Mont de Lans et d’une seconde entre Mont de Lans et le domaine skiable d’Auris en Oisans.

Les lits, priorité numéro 1 des stations

S’il est un sujet qui fait consensus en montagne, c’est la question des lits. Tous les SCOT prévoient la construction de nouveaux hébergements. et la rénovation du parc ancien. En effet, l’obsession en station concerne le maintien de “lits chauds”, c’est-à-dire les hébergements commercialisés par des professionnels. Les stations différencient ainsi les lits chauds (hébergements professionnels) des lits tièdes (hébergements commercialisés de particuliers à particuliers) et des lits froids (hébergements non commercialisés ou via la famille uniquement). Des études montrent que le taux de remplissage, et donc la valeur économique du lit, baisse en fonction de la température du lit. Ainsi, selon Atout France, un meublé en résidence de tourisme génère 12,5 semaines d’occupation en hiver, un 9,4 en agence immobilière et 6,8 semaines en particuliers à particuliers.

En Maurienne, afin de compenser la perte et renforcer la destination, il est prévu la création de 22 800 nouveaux lits et la rénovation de 11 567 lits. 13 000 lits “chauds” devraient en effet sortir du circuit marchant d’ici 2030. Ils seront compensés par 11 100 lits nouveaux et 1 960 lits “réchauffés”. A noter que 1700 nouveaux lits sont prévus en vallée et que 1050 lits concernent le projet de Club Med qui devrait se construire à Valloire. Afin de sortir de la spirale des lits froids, le SCOT insiste sur la nécessité de ne plus construire de résidences de tourisme en copropriété classique mais de privilégier des dispositifs permettant une mise en marché de 20 à 25 ans minimum (voir encart ci-dessous).

En Tarentaise, comme dans le Chablais, la priorité est donnée à la “réduction de la production de lits” et à la densification des enveloppes urbaines afin de limiter l’étalement des stations. La Tarentaise a défini pour chaque station des surfaces touristiques urbanisables maximales pondérées par la “chaleur” du lit construit. En clair, une commune de Tarentaise pourra construire 2,5 fois plus de lits hôteliers que de lits en résidence de tourisme à surface touristique urbanisable équivalente. Le SCOT de Tarentaise comprend tout de même de nombreuses UTN avec des constructions importantes : à Aime 2000 avec 3600 nouveaux lits, à Bozel avec 1070 nouveaux lits, à La Rosière avec 900 nouveaux lits, à Sainte Foy avec 1200 lits, un centre Thermo-ludique entre Séez et La Rosière pour 1050 nouveaux lits, 1600 nouveaux lits à Tignes, 1200 nouveaux lits à Val d’Isère, 800 nouveaux lits pour une écostation à Villaroger et 1800 nouveaux lits à Val Thorens.

A Avoriaz, une UTN programme la construction de 2250 nouveaux lits, dont une partie pour un village de vacances haut de gamme (des négociations étant en cour avec le Club Med afin de remplacer le Club fermé il y a deux ans).

Dans l’Oisans, des programmes sont également prévus dans les principales stations : 950 lits à Vaujany, 3800 lits à l’Alpe d’Huez et au moins autant aux 2 Alpes avec également ici un emplacement réservé pour un retour du Club Med dans la station.

Des nouveaux dispositifs pour empêcher l’érosion des lits chauds
L’acte 2 de la loi montagne a introduit des dispositifs permettant de sortir les résidences de tourisme du statut de copropriété. Le SCOT de Maurienne évoque la possibilité d’acquisition “en bloc”. L’acquisition de blocs se ferait par des foncières locales (investisseurs de la station), des fonds d’investissements ou une SCPI (Société Civile de Placement Immobilier). L’hiver prochain, la résidence CGH L’Alpaga à la Toussuire bénéficiera de ce montage financier inédit en montagne.

Vers des aménagements plus durables

Dans tous les documents étudiés, la volonté d’aménagements doux, d’un tourisme 4 saisons, de ne pas refaire les erreurs du passé sont écrites sur le papier et quelques pistes sont avancées. En Maurienne, comme en Tarentaise, on affiche la nécessite d’un tourisme de fond de vallée, basée notamment sur la création d’hébergements (campings et hôtels). Près de 10 liaisons câblées entre la vallée et les stations sont programmées dans les prochaines années. Enfin, la rénovation et la remise en marché d’appartements est programmées.

Rénovation des lits

Le constat est clair et l’impuissance semble forte : les stations “perdent” des lits chauds chaque année. En Maurienne, d’ici à 2030, ce sont près de 13 000 lits qui vont sortir des circuits professionnels. Le SCOT fixe un objectif sans doute déjà ambitieux d’en réhabiliter 11 600 pour les maintenir sur le marché (dont seulement 1960 doivent rester des lits chauds). En parallèle, 11 100 nouveaux lits viendront compenser la perte. En Tarentaise et en Maurienne, la rénovation est aussi une priorité. En montagne, selon Atout France, les résidences secondaires représentent 78% des lits, les résidences de tourisme 10% et les hôtels seulement 4% (INSEE 2017). Par ailleurs, 75% des lits en résidences secondaires datent d’avant 1990. Les lits hôteliers et en résidences de tourisme sont en baisse au profit des résidences secondaires.

Une piste cyclable en Maurienne

En montagne, les dossiers UTN sont souvent réservés aux domaines skiables et aux nouveaux hébergements. A ce titre, la Maurienne innove en proposant 2 grands chantiers en fond de vallée dans le cadre de son SCOT : un espace dédié au cyclisme et au bien-être à Saint-Jean-de-Maurienne (avec spa et hôtel) et un itinéraire cyclable de fond de vallée entre Aiton et Bonneval sur Arc. Ce dernier aura notamment pour but de développer un tourisme de printemps et d’été en lien avec l’axe fort sur le cyclotourisme pris par la Maurienne depuis une dizaine d’années.

9 projets d’ascenseurs valléens !

Par ce terme barbare, on désigne des transports par câble ou par rail, reliant la vallée aux stations destinés à transporter, non des skieurs mais des passagers. L’ascenseur valléen est un transport en commun et non un équipement de domaine skiable. Ils permettent souvent un ski journée plus facile et un report de la route vers le câble. Au final, ils répondent à deux enjeux : moins de pollution et moins de monde sur les routes. Ils permettent éventuellement également de développer le tourisme en fond de vallée en rapprochant les villes des infrastructures touristiques.

Il existe quelques “ascenseurs valléens” en France : le funiculaire qui relie Bourg-Saint-Maurice aux Arcs, la télécabine de Brides-les-Bains à Méribel et Skyval, la nouvelle télécabine reliant Loudenvielle à Peyragudes. Nous avons listé les projets ci-dessous :

  • Fluniflaine, la liaison Magland > Flaine
    Il devra relier la vallée de l’Arve à Flaine. Poussé par le conseil départemental de la Haute-Savoie, il pourrait permettre de passer le temps de trajet de 45 minutes à 19 minutes.
  • Allemond > Oz
    L’Eau d’Olle Express est une liaison par câble qui ouvrira l’an prochain. Les travaux viennent de commencer. La télécabine reliera Allemond, en Oisans, à Oz-en-Oisans en 8 minutes, au lieu de 20 minutes actuellement.
  • Grenoble > Chamrousse
    Relier Grenoble à Chamrousse, c’est un vieux projet. Il reste inscrit dans le cadre de la stratégie Chamrousse 2030. L’idée est de relier la métropole à la future “smart station” en 25 minutes contre 45 minutes actuellement.
  • Séez > La Rosière
    Le SCOT Tarentaise prévoit la liaison par télécabine de Séez avec La Rosière avec un arrêt au nouveau centre Thermo-ludique qui serait créé à mi-chemin au niveau de l’hôtel Belvédère.
  • Bozel > Courchevel
    Afin d’améliore l’accès de Courchevel et de développer le tourisme 4 saisons à Bozel, une liaison par câbles Bozel / Courchevel est inscrite au SCOT Tarentaise.
  • Aime > La Plagne
    Cette liaison consisterait à relier la gare d’Aime à Plagne Centre en deux tronçons.
  • Modane > La Norma et Modane > Valfréjus
    Modane nourrit deux projets : relier la ville à ses deux stations satellites, mais aussi permettre une liaison, via Modane, entre Valfréjus et La Norma.
  • Orelle > Refuge des Marches
    Ce n’est pas tout à fait un ascenseur valléen puisqu’il ne permet pas l’accès à une station. Ce dernier est intégré dans le projet La Croix du Sud. Il permettrait aux clients partant d’Orelle, à 10 minutes de la sortie de l’autoroute, de partir skier sur le domaine skiable de Valmeinier ou de Valfréjus.

Écologiques sur le papier, les ascenseurs valléens ne peuvent toutefois être efficaces que s’ils sont associés à des mesures restrictives incitant à un report de la route vers le câble. En Suisse et en Italie, certaines stations ne sont accessibles que par le câble. Un système de péage urbain avant la montée en station pourrait également permettre un report modal. Sans des systèmes coercitifs, les ascenseurs valléens permettent surtout de développer le tourisme en fond de vallée et de réduire les voitures venant à la journée.

A lire : notre article sur les ascenseurs valléens

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