La neige artificielle, appelée « neige de culture » par la profession, est un amas de grains de glace formé par projection d’eau dans l’air par temps froid. Elle se distingue de la neige naturelle par le fait qu’elle est plus compacte, car non formée de cristaux. Techniquement, c’est de la glace et non de la neige. Si elle permet de sécuriser la pratique du ski pour les skieurs et les domaines skiables, son impact sur les milieux naturels, les prix des forfaits et les finances publiques est loin d’être neutre.
Comment fabrique-t-on de la neige artificielle ?

La neige artificielle est obtenue par pulvérisation d’un mélange d’eau et d’air comprimé dans l’air. Cette projection doit se faire par temps froid et si possible humide. Une température inférieure à -2° humide est idéale, même s’il est possible de produire de la neige par 3° si le temps est très sec. Grâce à l’air comprimé, les gouttelettes se transforment en billes de glace avant de se poser au sol. Depuis plus de 20 ans, l’utilisation d’additifs est interdite en France. Peu transportable, la neige artificielle est toujours produite sur place, à l’aide de canons à neige et de conduites d’eau. L’eau est soit de l’eau stockée dans des retenues, soit de l’eau potable.
Pourquoi fabriquer de la neige en montagne ?
En stations de ski, la neige de culture est surtout produite avant la saison de ski. Elle permet de créer une sous-couche et de sécuriser certains secteurs délicats. L’enjeu économique étant important, elle est produite en préventif, que la neige naturelle soit présente ou non. La neige produite par les canons présente pourtant une qualité de glisse bien moindre. Elle est plus dure, plus lourde et verglacée plus facilement. Introduite à Flaine dans les années 70, elle couvre aujourd’hui près de 40% de la surface skiable en France. Contrairement à une idée reçue, elle est présente à toutes les altitudes. Ainsi, à Val Thorens, 80% des pistes en sont équipées selon le site Skiinfo. En Auvergne-Rhône-Alpes et en région PACA, les régions et certains départements incitent les stations de ski, indistinctement de leur altitude, à investir dans la neige de culture. L’effet levier de ces subventions est important pour les petites stations.
La neige artificielle : des infrastructures impactantes
Toutefois, la neige de culture, c’est surtout des infrastructures lourdes pour stocker de l’eau et la propulser au bon endroit via des réseaux de tuyaux et de canons à neige. Des retenues d’eau sont créées en montagnes, des kilomètres de tuyaux sont enterrés et des usines à neige pilotent le système. La consommation électrique est importante, supérieure à celle des remontées mécaniques. L’impact environnemental n’est pas neutre. Produire de la neige artificielle revient notamment à supprimer ou fragiliser des zones humides, artificialiser des milieux naturels, imperméabiliser des terres, prélever de l’eau et consommer de l’énergie électrique. Par ailleurs, cette neige dense au sol contribue à imperméabiliser et tasser les sols et à retarder de la reprise végétative au printemps.

Un élément de cristallisation du débat
D’ici à 2050, les températures devraient encore se réchauffer et la limite pluie neige remonter. En dessous de 1800 mètres, les stations qui ne seront pas équipées de neige artificielle ne pourront plus fonctionner comme aujourd’hui. Par ailleurs, les fenêtres de production (température inférieure à -2° en avant-saison) se font de plus en plus courtes. Le pilotage des infrastructures sera donc de plus en plus compliqué et les déperditions plus importantes (par fonte en période de redoux). L’hiver dernier a d’ailleurs montré les stations de basse et moyenne altitude en difficulté, même avec la neige de culture.
Après 2050, les scénarios analysés par Météo France sont par ailleurs plus critiques sur la viabilité des domaines skiables. À l’horizon 2080, seules 24 stations des Alpes seraient viables grâce un usage important de neige artificielle. Les domaines skiables ne le nient pas. La neige artificielle est pour eux une solution à moyen terme, échéance pertinente pour piloter des entreprises.
Alors, le sujet cristallise le débat. Il faut dire que c’est un poste de dépense important, soutenu financièrement par de l’argent public. Son coût impacte aussi directement celui des forfaits de ski, chaque année en hausse. Ainsi, 13% des investissements des stations concernent la neige de culture selon Domaine Skiables de France. La neige de culture montre des stations qui tentent de conforter leur modèle au lieu d’investir dans la transition.
Les dernières mobilisations au plateau de Beauregard à La Clusaz montrent une société qui se braque sur ces sujets environnementaux. On voit aussi à contrario un tissu économique local éloigné de ces débats de société, plaçant l’intérêt économique et l’autodétermination comme clé de lecture du débat. Les acteurs locaux critiquent en effet souvent les usagers extérieurs n’ayant, selon eux, pas de légitimité à se positionner sur un territoire où ils n’habitent pas.
Sources : livret dédié de FNE AURA, dynamique de la neige de culture et Domaines Skiables de France

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