Comme toute forme de tourisme, le ski n’est pas neutre pour l’environnement et le réchauffement climatique. Les pistes ont un impact sur le milieu naturel, les dameuses brulent des énergies fossiles et les remontées mécaniques consomment fortement de l’électricité. Pire encore, l’acheminement, en voiture ou en avion, de millions de vacanciers vers les stations de ski et leur hébergement en altitude, souvent dans des passoires thermiques héritées des années 60, a un impact carbone énorme. Il faut toutefois le mettre en relation avec l’apport au territoire de l’économie touristique et avec le fait qu’une semaine au ski est « moins mauvaise » qu’une semaine dans une destination lointaine. À l’image de la honte de prendre l’avion, doit-on dans ce contexte arrêter le ski ou simplement changer nos pratiques ? Voici quelques clés d’analyse.
Les stations de ski, moteur économique des territoires ruraux alpins
Dans plusieurs régions des Alpes, le tourisme est le poumon économique du territoire. C’est le cas en Tarentaise, en Maurienne, dans le pays du Mont Blanc, dans les Aravis, l’Oisans, une bonne partie des Hautes-Alpes et en Ubaye notamment. Il pèse environ 50% de l’économie en Tarentaise et dans le pays du Mont Blanc, et près de 40% en Maurienne. Sur les 2 Savoies, le tourisme génère 32% du PIB. Dans ces régions, le ski pèse pour 40 à 70% de l’activité touristique.
Localement, le ski est donc pourvoyeur d’emploi, d’activité pour les indépendants et parfois de rentes importantes pour les propriétaires fonciers. Les populations locales y sont donc logiquement très attachées. Et s’ils aiment leur environnement, ils ont rarement la vision urbaine de la montagne bucolique que nous pouvons avoir en tant que vacanciers. Même s’ils exploitent leur montagne, la conscience du réchauffement climatique y est de plus en plus importante.
Par ailleurs, de nombreuses grandes entreprises agissent en montagnes, rarement situées dans les massifs. Elles ont des objectifs de rentabilité à court et moyen terme. Ce sont les banques, les foncières, les grands hébergeurs (Club Med, Pierre&Vacances, Odalys…), les agences de voyages et les exploitants de domaines skiables (Compagnie des Alpes notamment). Si la responsabilité sociale et environnementale entre de plus en plus dans leur spectre, le chiffre d’affaires reste leur principal indicateur. Les domaines skiables, les communes et les hébergeurs des grandes stations sont par exemple très investis pour attirer les touristes étrangers, notamment ceux qui prennent l’avion. Ces derniers viennent en effet hors vacances scolaires. Ils remplissent ainsi les hébergements haut de gamme quand les Français partent peu en vacances.
Le ski n’est pas neutre en carbone…

Peu d’études cernent le bilan carbone global du ski en France. Selon le tableau de bord du tourisme du Crédit Agricole, le coût carbone par nuitée du déplacement vers les stations de ski serait de 12 kg de CO² par personne. Ce serait 4 à 5 fois plus pour un touriste étranger. Le transport représentait ainsi 57% de l’impact carbone du ski dans une étude de l’ADEME datant d’il y a plus de 10 ans.
Autre poste important : l’immobilier. En montagne, on compte plus d’un tiers de passoires thermiques. Elles représentaient par exemple 46% des biens vendus l’an passé à Saint-Gervais, 44% dans les Belleville, 34% aux 2 Alpes et 38% à Chamonix. Quand ils fait froid en hiver, ces bien consomment énormément d’énergie, souvent carbone, pour y maintenir une température convenable.
Côté domaines skiables, même si la profession est loin d’être green, des engagements forts ont été pris sur le changement des carburants des dameuses et la protection de la biodiversité… Les extensions de domaines skiables sont moins à la mode et une nouvelle remontée mécanique a tendance à en remplacer deux, limitant ainsi le nombre de pylônes et de câbles dans la montagne.
Côté immobiliers, par contre, les stations continuent à vouloir construire de nouvelles résidences, qui viennent souvent « réchauffer » un parc immobilier que les propriétaires mettent peu en location. Car les stations de montagne ont cette particularité qu’elles sont constituées principalement de copropriétés. L’artificialisation des sols est donc ici mal maitrisée, créant un étalement urbain important sur des communes ayant pourtant moins de 1000 habitants dans la majorité des cas.
L’impact environnemental du ski alpin

Le ski a aussi un impact sur l’environnement. Les pistes sont souvent travaillées au bulldozer en été, les cailloux concassés, la faune est dérangée en hiver et les paysages sont parfois profondément modifiés. Là aussi, plusieurs artificialisations des sols ont lieu : ceux des pistes sont concassés, voire lessivés par la pluie et tassés en hiver par les dameuses. Ils perdent une part de leur vie et de leur biodiversité. Par ailleurs, des retenues d’eau sont construites en montagne afin de stocker de l’eau en été pour produire de la neige artificielle en amont de la saison. Ces grands lacs, appelé « retenues collinaires » sont autant de sols détruits et imperméabilisés dans des zones naturelles souvent remarquables. Pour autant, les domaines skiables occupent une infime partie des territoires de montagne, un territoire à haute valeur économique, dédié aux loisirs ludiques en pleine nature. Ce territoire a peu tendance à s’étendre ces dernières années.
Le manque de neige, un risque de plus en plus élevé

Avec le réchauffement climatique, la limite de la neige est de plus en plus élevée. Conjugué à ça une tendance récente aux sécheresses hivernales et les séjours au ski semblent plus risqués qu’avant. Pour autant, avec la neige artificielle, les stations proposent encore du ski de qualité aux périodes clés de l’hiver (les vacances de février). Une étude récente de Météo France montre qu’avec la neige de culture, il ne devrait pas y avoir de problème majeurs en stations de ski avant 2050. Reste que les hiver chauds comme l’hiver dernier fragilise l’économie des petites stations de ski.
Les voies d’amélioration et les alternatives au ski alpin

Si vous aimez la montagne, il existe de nombreuses voies d’amélioration de votre bilan carbone et plusieurs activités hivernales alternatives au ski :
- Vous pouvez venir en train et en cars. Ce faisant, vous neutralisez la part la plus importante de votre bilan carbone. Vous ne changez pas le monde, vous faites le colibri. Et c’est déjà bien. Retrouvez ici les astuces pour skier en cars si vous habitez proche des stations.
- Vous pouvez choisir un logement écologique ou récent. Ce faisant, agissez sur le deuxième levier le plus polluant au ski. Et vous récompensez ceux qui sont les plus vertueux.
- Vous pouvez choisir de petites stations de ski mais on vous le dit tout de suite : leurs pratiques sont rarement plus vertueuses. Leurs moyens financiers sont juste plus limités. Leur impact (positif et négatif) sur le territoire est donc plus faible. En choisissant de skier dans une petite station, vous paierez moins cher et vous serez moins confronté à de grands groupes. Vous découvrirez aussi des lieux de charme, toutefois plus exposés au manque de neige.
- Vous pouvez partir plus en altitude pour sécuriser l’enneigement. Si vous partez en train et dans un logement récent ou rénové, votre impact carbone sera équivalent et le manque de neige moins probable. Voici les plus hautes stations de ski des Alpes.
- Vous pouvez sinon vous mettre au ski de fond. Le ski de fond est un ski itinérant sur pistes damées qui n’utilise pas de remontées mécaniques. On navigue sur des pistes plus nature à la force de notre corps, plutôt à plat. C’est bien plus exposé au manque de neige, mais si vous n’agissez pas sur votre mode de transport et votre hébergement, votre impact carbone aura peu changé. La Féclaz est ainsi une destination idéale, relié par navette à la gare de Chambéry.
- Vous pouvez vous mettre au ski de randonnée. Il s’agit d’un ski hors pistes, tracté par vos muscles comme le ski de fond. Mais cette fois-ci, on se trouve dans la pente et sans pistes de ski. C’est un ski plus nature, plus exposé aux risques d’avalanche et moins respectueux de la faune sauvage, car non balisé. Si vous montez en voiture, il ne règle pas du tout l’impact carbone de votre pratique.
- Vous pouvez arrêter le ski et vous mettre aux raquettes à neige. En pleine nature, la raquette est une pratique de randonnée que l’on fait chaussé de larges raquettes pour ne pas s’enfoncer dans la neige. Comme le ski de randonnée, elle règle peu de problèmes d’impact carbone et peut déranger la faune. Il convient donc de suivre les traces balisées. On est là au plus près de la nature. C’est une activité très ressourçante.
- Enfin, vous pouvez arrêter le ski et ne pas aller en montagne. Toutefois, si vous remplacez votre séjour par un autre en bord de mer, en ville, ou plus loin en avion, votre bilan carbone risque d’être équivalent, voire pire que celui d’un séjour au ski…
Même si le ski n’est pas neutre, il existe des moyens pour changer sa pratique et la rendre moins impactante. Ça reste un tourisme assez local, avec des moyens de transport bien structurés jusqu’aux stations (trains puis bus). Pour réduire son impact, on peut aussi choisir de ne partir qu’un an sur deux, ou de moins skier pour mieux découvrir le milieu naturel.

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