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En Tarentaise, une pétition demande un moratoire sur les nouvelles constructions touristique

Pour les élus de montagne, l’obtention d’un nouveau Club Med représente une opportunité et une victoire politique. Avec plus de 1 000 lits touristiques bien remplis quasi toute la saison, chaque Club Med est la promesse de nombreux emplois et d’une hausse de fréquentation touristique locale. Toutefois, en dépassant le territoire communal, la réalité est moins reluisante. Le nouveau Club Med des Arcs a ainsi coïncidé avec la fermeture de ceux de l’Alpe d’Huez, de Chamonix et d’Avoriaz. Au final, le Club Med ne représente même pas 10 000 lits dans les Alpes françaises.

En Tarentaise, un comité de citoyens a lancé une pétition dénonçant la fuite en avant du modèle privilégié par les élus pour développer la vallée. Ils demandent notamment une grande concertation à l’échelle de la Tarentaise-Vanoise (et non des communes), un moratoire sur les nouvelles constructions importantes pendant la concertation et la mise en place d’une politique concertée pour atteindre l’exemplarité environnementale.

Un modèle de développement très énergivore

En février dernier, le commissaire enquêteur délivre son avis sur le futur Club Med de La Rosière : avis favorable mais avec de sérieuses réserves sur le côté durable du projet. Alors même que le Club se construit sur un versant ensoleillé, aucun recours à l’énergie solaire n’est prévu. Pire, le mode de chauffage prévu sera le fuel, le plus polluant après le charbon. C’est sans doute ce qui décida Fred Sansoz, responsable d’un bureau d’études à Bourg Saint Maurice à monter au créneau ! Il commence une enquête très complète qu’il publie en ligne accompagnée d’une pétition. Son but : engager un grand débat sur la transition énergétique à l’échelle de la Tarentaise.

Et si son combat va au-delà du Club Med, il est vrai que le Club incarne un développement touristique non durable par excellence :

  • Les chantiers étant réalisés dans un temps extrêmement court par de très grosses entreprises, ils sont souvent peu scrupuleux pour les problématiques environnementales.
  • Le Club Med cherchant une rentabilité immédiate pour satisfaire ses actionnaires, il ne s’encombre pas d’actifs. Les murs sont construits par des conglomérats (souvent des banques locales) qui les louent pour environ deux décennies. Les choix énergétiques sont donc faits dans une logique comptable courte et non sur le long terme.
  • Afin de pratiquer des prix élevés et de garantir un remplissage optimal, le Club va chercher sa clientèle aux 4 coins du monde. Aux Club Med des Arcs, ils étaient cet hiver 70% de clientèles étrangères. Les Clubs de montagne ont accueilli 17 000 clients Brésiliens. Nul n’est besoin de préciser qu’à capacité d’accueil bien supérieure, Odalys ou Pierre & Vacances ont un bilan carbone bien meilleur, recourant moins à l’avion, sans pour autant être green.
  • Un tel complexe ne peut structurellement pas s’approvisionner en local, que ce soit pour l’alimentation ou les emplois. A l’exception des moniteurs de ski, les employés du Club sont des internationaux qui se déplacent selon les ouvertures estivales et hivernales de l’entreprise. Les 400 emplois locaux vendus par les élus sont donc plutôt illusoires.


Vu sous cet angle, dérouler le tapis rouge au Club Med dans nos stations revient littéralement à couper la branche sur laquelle nous sommes assis en participant de façon proactive à l’augmentation du réchauffement climatique.

https://www.pact-tarentaise.com/lenquete

Un grand débat local ?

Mais le PACT (Pacte d’Avenir Citoyen de Tarentaise) ne reste pas dans la critique. S’il remet en cause le modèle actuel de développement qui conduit à “scier la branche sur laquelle nous sommes”, il propose aussi des pistes de travail. Tout d’abord, Fred Sansoz demande un moratoire sur toutes les nouvelles constructions de plus de 10 millions d’euros (Clubs Med de La Rosière et de Tignes en premiers lieux). Ensuite, il propose une concertation à l’échelle de la vallée afin de faire ressortir les besoins de la population locale. L’idée est d’aboutir à la mise en place d’une politique concertée avec les communes du territoire visant l’atteinte de l’exemplarité environnementale, comportant notamment des objectifs chiffrés de réduction des gaz à effet de serre.

Plusieurs citoyens et élus ont déjà signé le PACT. Pour Fred Sansoz répondant à Montagnes Magazine, “la volonté est vraiment d’inscrire cette démarche localement et de réfléchir à des moyens d’agir ensemble, sur le territoire. C’est vraiment maintenant que tout se joue”. En mars 2020, les conseils municipaux seront réélus pour 5 ans en Tarentaise, comme ailleurs. Dès cet automne, les campagnes et listes municipales seront lancées en stations. Suivront ensuite les départementales et régionales, renouvelant totalement en 2 ans l’exécutif local.

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