Quand les stations de ski trouvent des pistes pour le ski de rando

Pratiqué initialement par les opposants aux stations, partisans d’une montagne non aménagée, le ski de rando s’est, ces dernières années, imposé aux stations. Une évolution des pratiques arrivée par les pratiquants eux-mêmes et que les stations n’ont pas tout de suite compris. Aujourd’hui, elles rattrapent leur retard, sans toutefois avoir trouvé le modèle économique qui en assurerait la viabilité.

Le ski de rando a le vent en poupe

On les rencontre à Chamrousse, Aillons-Margériaz, Arêches-Beaufort… bref, à proximité des villes, mais pas que ! En ce début d’automne, ils affluent à Tignes où la neige s’approche de la station et où le domaine est accessible et “sécurisé”. Tantôt amateurs d’un sport outdoor récréatif, tantôt en recherche de performances, les pratiquants du ski de randonnée sont multiples et se différencient des traditionnels “CAFistes” par leur recherche d’un terrain de jeu équipé et sécurisé. En montagne, en à peine quelques années, ces nouveaux pratiquants ont surpris tout le monde.

En station, parce qu’ils ne payent pas pour accéder aux pistes, on a d’abord tenté de les interdire, avant de les canaliser… pour les éloigner. Du côté des randonneurs traditionnels, la perplexité a également été de mise… Ces derniers ne comprenant pas ce ski alpinisme que l’on pratiquerait sur les pistes. Car les pistes offrent de nombreux avantages aux néophytes et aux pratiquants “fitness” : pistes sécurisées, lisses et la possibilité d’une descendre facilement sur pistes damées…

La massification récente du ski de randonnée viendrait des progrès phénoménaux réalisés sur le matériel de ski, le rendant léger et polyvalent. Un skieur alpin occasionnel peut maintenant investir dans du matériel de randonnée pour aller faire une journée de ski alpin et, le lendemain, utiliser le même matériel pour faire une montée sèche en fin de journée et ainsi travailler son cardio. C’est bien sur ces arguments que Décathlon souhaite ventre son tout nouveau ski de “touring” :

Nous avons conçu ce pack qui convient parfaitement aux skieurs qui souhaitent évoluer sur des itinéraires balisés en stations de ski et redescendre sur la piste. Resort Touring, la pratique sportive et de découverte du ski de randonnée en station de ski sur des itinéraires balisés et tracés. Le RT 500 offre une conduite idéale à la descente sur la piste.

C’est ainsi qu’en tout début de saison, à Chamrousse, à 30 minutes de Grenoble, on peut croiser plus de skieurs de randonnée que de skieurs alpins. Toutefois, il convient tout de même de pondérer cette tendance, majoritairement de proximité et urbaine, au regard de la demande globale. Même si les taux de croissance du ski de randonnée sont impressionnants dans un contexte de baisse globale de la demande ski, ce dernier ne représente que 10% du volume des recherches en ligne des locations de skis et la moitié de celles liées au ski de fond.

 

 

“Pour la première fois, la montée prend de la valeur”

Selon Dominique Kréziak, on assiste avec le ski de rando à une extension de la valeur de la pente. Alors que la pente était valorisée à la descente avec le ski alpin, en ski de randonnée, c’est l’acte de monter qui est valorisé, et les pistes damées permettent le retour en station sans contrainte. Aussi intéressant que cela paraisse, le ski de rando pose aussi des problèmes aux montagnards :

  • Conflit d’usage sur les pistes de jour, comme de nuit (lors du travail des dameuses sur les pistes et des déclenchements préventifs d’avalanches)
  • Responsabilité de la commune en cas d’exposition aux risques dans le cadre de pistes balisées ou de conseils donnés…
  • Manque de retombées économiques de la pratique, qui engendre des coûts pour la commune support (parkings, balisage…)

Dans les années 80, les sites de pratique du ski de fond étaient confrontés à une problématique comparable avant d’instituer la redevance nordique, permettant aux communes supports, de toucher un revenu de la fréquentation des pistes aménagées. Il pourrait bien en être de même ces prochaines années sur les pistes balisées, aménagées et tracées des stations. Aujourd’hui, l’astuce de nombreuses stations, comme Arêches-Beaufort, consiste à vendre un “forfait randonneur” permettant d’utiliser une remontée mécanique pour accéder aux départs des itinéraires balisés de ski de randonnée. Cette année, le ski de randonnée représente 1% du chiffre d’affaires des remontées mécaniques de la station, mais bien plus si l’on considère la consommation globale dans la station et l’image portée par la Pierra Menta et les champions locaux de ski de randonnée.

D’autres stations réfléchissent à l’accueil ou à l’encadrement du ski de randonnée. Si en 2014, 4 stations seulement travaillaient le sujet, elles sont, selon le CTC, 47 stations en 2018 à proposer un itinéraire balisé pour cette pratique.

Ces informations ont été recueillies lors du séminaire “Quand le ski de rando brouille les pistes” organisé par l’Université Savoie Mont-Blanc le 9 novembre à Chambéry.

Illustration : Denis Méssié, Licence CC, FLICK

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